Lou Salomé, notre merveille....

Du 6 au 7 juillet 1999

Mardi matin, la toilette est encore plus difficile, Lou Salomé ne veut pas bouger, elle peine à se réveiller et pleure dès que le gant effleure sa peau. Elle est très faible, si faible...

En début d'après-midi, Papa la prend dans ses bras pour aller à l'hôpital. A peine l'a-t-il relevée qu'elle vomit, sa petite tête tombe, nous nous sentons défaillir. Lou Salomé n'est plus transportable, la fin est là, toute proche...
Maman tient tant bien que mal une petite cuvette sous sa tête, jamais nous n'avons trouvé le chemin si long... Heureusement, la sonde gastrique est restée en place. Papa court chercher un fauteuil roulant, Maman s'y installe avec Lou Salomé qui se tient à peine, elle est pâle, si pâle... Nous lisons l'effroi dans les regards que nous croisons...
Nous sautons sur Elisabeth pour lui dire que désormais nous ne pouvons plus transporter Lou Salomé, elle se charge de contacter les ambulances de Plougastel.
La numération ne fait que nous confirmer la fin imminente: 1800 blancs et 6000 plaquettes... La moelle ne travaille plus du tout, c'est fini, elle est complètement détruite par le cancer...
Comme si ça ne suffisait pas, la tension monte une fois de plus, on lui fait un Lasilix, mais la tête, la tête... La morphine est à nouveau augmentée, que peut-on faire de plus, il n'y a plus rien à faire...

Nous sommes tendus vers Lou Salomé avec une telle intensité que ça en fait presque mal, nous ne sommes plus qu'un noyau d'amour en fusion, nous lui transfusons cet amour qui atteint désormais son paroxysme jusqu'à l'en gaver, nous voulons embaumer ce petit corps de cet amour qui nous dépasse...
Lou Salomé, nous t'aimons tant...

Les ambulanciers arrivent; Annaïck recharge la cassette de morphine pour éviter que l'infirmière ne se déplace ce soir. L'ambulancier-chef, le patron, se révèle être un homme extrêmement attentionné, il pâlit en découvrant notre fille. Il fait des tours et des détours pour éviter les rues trop défoncées et actionne sa sirène à chaque carrefour. A la maison se pose un petit problème, impossible de passer l'escalier qui monte aux chambres. Ils vont improviser un nouveau brancard en déposant Lou Salomé tout doucement dans une couverture.

Lou Salomé n'en peut plus, ses démangeaisons la rendent folle...
- Est-ce que tu veux que quelqu'un te masse les fesses pendant que je te masse le nez?
- Non, c'est Maman qui fait, parce que c'est Maman la plus douce...
Lorsqu'elle nous parle, Lou Salomé tourne toujours son visage vers nous et parfois, ouvre grand les yeux. C'est à chaque fois un véritable coup de poing dans l'estomac, un coup de poignard dans le coeur. Ses magnifiques yeux bleus si limpides sont devenus opaques, vitreux, vides... Mon Dieu Lou Salomé, referme vite tes yeux, ne nous regarde plus... Et quel soulagement quand elle entend cette supplique silencieuse et baisse les paupières...

J'ai mal à la tête, j'ai mal à la tête...
Oui petit Bibi, on te fait un bolus de morphine.
De plus en plus souvent; même la nuit il faut de lever plusieurs fois pour la calmer.

Papa, Maman, je vous aime, vous ne me quitterez jamais, c'est promis?

Câlin Maman, câlin...
Oui, câlin petit Bibi, je viens me coucher près de toi.

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