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Pendant ce temps Jean-Ba et Isabelle écument les librairies. Avant de partir, Papy nous a laissé un chèque de 1000 francs pour acheter des livres pour sa petite chérie. Certains pourraient trouver ça stupide, elle en a déjà tant, et puis acheter autant de livres maintenant...
Nous au contraire nous trouvons ce geste très beau et nous tenons nos engagements. Ils reviennent donc avec des trésors et c'est presque la bagarre pour savoir qui lui fera la lecture! Bien sûr ils n'ont pas eu le temps de tous les lire, pour certains ils ont dû se contenter de feuilleter les pages, en admirer les dessins et lire la page de garde, alors c'est une vraie découverte pour tout le monde. Denis va jeter son dévolu sur un livre qui raconte des histoires de chocolat, il en deviendra le lecteur attitré. Beaucoup de monde dans la chambre: un qui masse le nez tout en faisant un câlin, un autre qui masse les fesses, un troisième assis par terre fait la lecture, et bien souvent un quatrième écoute avec gourmandise. Jean-Ba lit un de ces nouveaux livres, un très beau conte indien qu'il découvre en même temps qu'elle, où il est question d'un petit garçon... aveugle. Au moment où il prononce le mot, Jean-Ba blanchit... la gaffe. Nous nous regardons tous, consternés, suspendus aux lèvres de Lou Salomé... Et bien sûr, elle demande: - Ca veut dire quoi, aveugle? Terrible miroir que ce mot qui résonne si fort dans la pièce... Jean-Ba ne sait plus où se mettre, il se sent coupable d'avoir choisi ce livre sans l'avoir lu, nous échangeons des regards paniqués... Alors Maman répond très simplement: - Un aveugle, c'est quelqu'un qui ne voit pas. - Ah bon? Et c'est tout. Elle a même répondu sur un ton léger, presque enjoué. Nous avons pensé frôler la catastrophe, c'était oublier l'incroyable et ô combien courageuse lucidité de Lou Salomé... Dimanche, les plaquettes ne sont qu'à 15000, les transfusions ne tiennent pas plus de 48 heures, et là avec l'hémoglobine, c'est même tous les jours... Marie-Cécile en profite pour lui refaire le pansement de la sonde gastrique, les plaquettes passent, la tension monte, aïe ma tête, ma tëte, on lui refait un Lasilix, on attend... L'occasion pour nous de découvrir l'extraordinaire humanité de Marie-Reine que nous connaissions très peu. Cette femme est douce, pleine de compassion, ça fait un bien fou. Déjà dans le couloir, sa première question a été pour nous, pour savoir si on tenait le coup. Personne ne nous demande jamais ça... Oui, tant que Lou Salomé est là, avec nous, on tient le coup, on ne sent même pas notre fatigue. La seule chose qui compte, c'est qu'elle soit là. Suite |
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