Lou Salomé, notre merveille....

Du 18 au 22 juin 1999 (suite)

Elisabeth vient s'occuper du Meopa, l'interne injecte de la Xylocaïne sans aucune précaution, malgré les "aïe aïe" de Lou Salomé. Elle se comporte comme si elle intervenait sur un corps anesthésié, elle ne connait pas les rapports humains... Il faut que le Meopa fasse son effet, mais on la sent s'exaspérer de devoir attendre, et pas du tout contente d'être là, elle bout en affichant un visage d'une amabilité peu courante. Et effectivement, elle décide d'intervenir sans attendre le temps nécessaire, elle s'empare de la seringue, et malgré les premiers cris de Lou Salomé, elle passe en force, comme une malade... C'est une véritable scène d'horreur, une boucherie, Lou Salomé hurle plus que jamais, s'arc-boute sur le lit, mais la dame, fière d'elle et toujours sans un mot pour notre Bichon, sort royalement en lançant derrière elle: "Si ça ne suffit pas, il faudra la réopérer et changer le cystocath demain"...

Nous sommes atterrés, complètement sous le choc, d'autant que personne n'a protesté... Alors là, on va nous entendre!
Non seulement il n'est pas question de remettre un cystocath, mais surtout plus jamais cette horreur ne s'approchera de notre fille, nous l'interdisons formellement! Et ça veut être médecin??? Alors là, madame, changez de métier au plus vite, par pitié pour les pauvres malades qui pourraient passer entre vos mains... Travaillez à la morgue, par exemple, ça vous conviendrait parfaitement! Et surtout, pitié, pitié, ne faites jamais d'enfants, faites-vous ligaturer les trompes!! Nous vous souhaitons tout le mal du monde, et pire encore, nous vous vouons une haine infinie, implacable... Et c'est peu de le dire.

Nous n'en revenons toujours pas... Impossible de croire qu'une telle personne ait le droit d'exercer. Maintenant, c'est à nous de réparer les dégâts, de calmer Lou Salomé, de la bercer, lui remettre des doses de morphine, pour enfin revenir petit à petit au calme. Cette scène nous a vidés de toutes nos forces, nous avons atteint l'inacceptable, personne ne nous avait dit que Lou Salomé souffrirait ainsi... Nous ne savions pas que l'enfer pouvait être aussi profond, notre coeur saigne et pleure, comment pouvons-nous supporter ça... Mais voilà que Lou Salomé nous redit: "Je t'aime, tu ne me quitteras jamais, tu promets?"... Malgré tout ce qu'elle endure, elle lutte pour vivre encore et encore, elle va lutter bien au-delà de ses forces, elle ne veut pas nous quitter.

Et pour nous prouver qu'elle est toujours là, bien vivante, avec des trésors d'énergie insoupçonnés et insoupçonnables, lorsque qu'avec d'infinies précautions nous la prenons dans les bras pour rentrer à la maison, elle nous dit: "Non, je veux marcher!"
Nous en restons sans voix...
Oui, elle va nous faire ce cadeau époustouflant de traverser tous les longs couloirs debout, entre Maman et Denis qui la tiennent chacun par une main... Papa ouvre la marche devant. C'est une scène hallucinante. Nous avons passé la poche par dessus son épaule, comme un sac à main, nous la tenons fermement, et Lou Salomé avance très lentement, comme une danseuse, sur la pointe des pieds, ses jambes se croisent, tâtonnent, mais elle avance, improbable princesse qui veut gagner une fois encore, se surpasser, être plus forte que la maladie... Elle est plus blanche que sa petite robe, ses yeux sont à peine entrouverts, mais elle regarde droit devant, elle avance... Face à nous, les gens s'écartent, les visages se plombent, le silence se fait...
Et Lou Salomé va marcher jusqu'à la voiture, incroyable victoire, inoublable cadeau... Hallucinant... Quelle sacrée petite bonne femme! Non, quelle grande petite femme...
Tonton Le Fur a raison quand il dit qu'on n'a pas le droit de l'endormir. Lou Salomé est prête à supporter le pire pour rester avec nous...

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