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Lundi nous reprenons donc les séances de radiothérapie. Lou Salomé ne peut plus bouger, elle n'a plus de forces, désormais nous utilisons systématiquement le fauteuil roulant. Ce n'est pas pour autant qu'on lui manifeste plus d'égards
dans ce service détestable où les délais d'attente sont vraiment révoltants. A nouveau, à peine est-elle soulagée du masque que les maux de tête recommencent; ça va devenir quasiment systématique et les séances devront être suivies d'un temps de repos plus ou moins long dans la chambre... La tension monte, l'urine ne s'écoule pas bien, le chirurgien revient voir ça de plus près. C'est là qu'elle nous explique qu'il ne faut jamais aspirer, sous peine de faire saigner la vessie (hé oui, Tonton...) mais au contraire, pousser tout doucement à l'aide de sérum, jusqu'à ce que le reflux soit rétabli. Et elle passe à l'acte, non sans avoir auparavant injecté un peu de Xylocaïne dans la vessie pour que Lou Salomé ne souffre pas. Elle agit avec énormément de douceur, en prenant tout son temps, elle est vraiment remarquable et tout se passe bien. 2900 blancs et 36000 plaquettes, il faudra sûrement transfuser demain. En rentrant à la maison, nous proposons à Lou Salomé de faire un petit tour sur la grève, elle veut bien, alors nous l'installons entre nos jambes pour admirer, une fois encore, cette rade d'une si grande beauté. c'est un moment grave, nous savons bien que Lou Salomé ne reviendra plus jamais sur cette grève qu'elle a tant aimée... Maman pousse un cri: le petit Bichon saigne du nez, nous remontons immédiatement à la maison, totalement paniqués. Serge nous rassure, il a les gestes qu'il faut, le saignement s'arrête, mais nous venons de comprendre que Lou Salomé ne sortita plus du lit, autrement que pour les indispensables trajets à l'hôpital. A la maison, Papy s'active aux fourneaux, il fabrique tarte sur tarte. Serge, lui, est de corvée de déherbage, il est chargé de traquer les ronces et autres mauvaises herbes; Maman repasse derrière et lui fait remarquer que ça ne va pas du tout, qu'il en reste là et là... Nous passons beaucoup de temps à préparer tous les médicaments de Lou Salomé; nous sommes maintenant au point, nous les écrasons dans un mortier, mélangeons à la poudre de Forlax puis délayons avec de l'eau jusqu'à ce que tout soit dissous. Au final, cela représente plusieurs verres de liquide que nous prélevons à la seringue pour l'injecter dans la sonde. Lou Salomé dit souvent que c'est froid quand ça passe dans le tuyau, alors nous apprenons à tiédir la préparation pour qu'elle ne sente rien. Celui qui s'occupe des derniers médicaments du soir prépare aussi ceux de la nuit, en recouvrant le tout d'un film plastique, ainsi tout est prêt pour que la prise nocturne prenne le moins de temps possible. Papa ou Maman, c'est celui des deux qui dort avec elle qui se lève la nuit, l'autre se charge des médicaments du petit matin. Nous essayons de prendre le rythme minuit - 4 heures - 8 heures, mais ça n'est pas toujours possible, souvent les séjours à l'hôpital décalent les horaires, et quand c'est 22 heures - 2 heures - 6 heures, c'est nettement moins drôle... Mais nous ne sentons même pas notre fatigue, nous pourrions abattre des montagnes, notre fille nous donne des forces prodigieuses, tant qu'elle est là, nous nous sentons capables de tout! Câlins, Maman, câlins... Suite |
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