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Mercredi 16, nous devons hélas retourner à la radiothérapie, il faut bien reprendre les séances... A peine celle-ci est-elle terminée que Lou Salomé se met à pousser des hurlements horribles... On ne sait si ça vient des rayons eux-mêmes, ou de la position de la tête écrasée pendant la séance,
mais elle fait une crise d'hypertension intra-crânienne extrêmement violente. Nous retournons en catastrophe dans le service, Annaïck la branche immédiatement. On lui fait du Solumédrol,
et aussi de l'Adalate pour faire redescendre la tension qui monte en flèche. C'est la crise la plus violente qu'elle ait jamais faite, elle hurle qu'elle a mal à la tête, c'est atroce... La crise se calme un peu, Maman descend retrouver ses esprits en fumant une cigarette. Elle ne l'a pas encore terminée qu'elle entend, d'en bas, des hurlements sauvages, si violents, si inhumains, que tout le monde lève la tête, les visages pâlissent, Maman, horrifiée, remonte en courant... Lou Salomé est tordue de douleur... Ses hurlements glacent le sang, elle crie: "Ma tête, ma tête! Vous êtes fous!! ..... JE SAIS BIEN QUE C'EST POUR ME SOIGNER MAIS MAINTENANT IL FAUT ME GUERIR ET ARRETER CETTE VIE TROP DURE..." Les regards éperdus se croisent, les larmes sont dans tous les yeux, mon Dieu, Lou Salomé, comment peux-tu souffrir autant? Oui, cette vie trop dure va s'arrêter, vite, trop vite... Lou Salomé, nous t'aimons si fort!! Pourquoi cet immense amour n'est-il pas suffisant pour te soulager? Blottie dans les bras de Maman qui pleure en silence au-dessus de sa tête, Lou Salomé continue à crier: "Vous êtes fous!"... Alors Véronique l'infirmière décide d'aller déranger les médecins en réunion: "Je m'en fous, j'y vais!". A nouveau toute une batterie de médicaments d'urgence, augmentation de la morphine, Adalate, et petit à petit, doucement, trop doucement, Lou Salomé se calme. Tout le monde est là, autour d'elle. - Maman? - Oui. - Je t'aime. - Moi aussi mon petit Bibi! - Tu ne me quitteras jamais, tu promets? - Non mon Bichon, je ne te quitterai jamais, c'est promis. A nouveau, ce ne sont qu'échanges de regards plein de larmes... Nous sommes tous dans la détresse la plus totale, si affreusement impuissants devant cette petite fille qui hurle son amour de la vie. Bien sûr, on pourrait l'assommer, la plonger dans un état léthargique, mais elle est tellement présente, elle veut tellement vivre, on n'a pas le droit de l'endormir pour la plonger dans un sommeil dont progressivement elle ne sortirait plus. Elle ne serait pas d'accord, elle lutte de toutes ses forces pour ne pas nous quitter, pour rester, encore, auprès de nous. Mais cette crise a été si dure, si inhumaine, que cette pensée trotte dans la tête... D'ailleurs, c'est ce que Maman dit à Elisabeth un peu plus tard: "Ca, c'est un jour où on a vraiment envie de tout arrêter..." Pour nous ce soir, la question ne se pose pas, nous dormons tous les deux à l'hôpital, Maman dans le lit, Papa dans le fauteuil, d'ailleurs personne ne s'en étonne ni ne fait de remarques. Après son service, Véronique a rappelé pour savoir comment allait Lou Salomé... Suite |
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