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Nous passons bien sûr par la petite route avant de rentrer. Papy et Mamy ont repris le dessus et accueillent avec joie Lou Salomé; celle-ci est très fatiguée et veut se coucher en regardant une vidéo. Papy est ravi, il s'allonge près d'elle et rien ne le ferait bouger de là! C'est l'heure de prendre des décisions. D'abord, cela va de soi, Lou Salomé ne dormira plus dans sa chambre, finie la séparation imposée au nom de la morale, nous voulons être avec elle en permanence, profiter de chaque seconde, nous alternerons les nuits auprès d'elle. Deuxièmement, Papa arrête de travailler, c'est une décision qui s'impose d'elle-même. Enfin, nous ne voulons plus de caméra. Cela va créer quelques discussions houleuses, Papy et Mamy ne comprennent pas bien, mais nous ne céderons pas, il est hors de question de filmer notre fille en train de mourir... Nous ne voulons pas de ces souvenirs-là. Et puis ça nous paraîtrait carrément obscène de la filmer maintenant. Voilà Christiane qui arrive, Maman l'entraîne immédiatement dehors pour lui dire. C'est fini, quelques jours, quelques semaines, on ne sait pas. Elles vont pleurer toutes les deux longtemps sur les marches d'escalier.Une voisine les voit, arrive en souriant. "Ca va?". "Non, c'est foutu". "Oh mon Dieu" dit-elle en fuyant instantanément. Pas grave, elle n'est jamais venue voir Lou Salomé malade, alors ça ne change pas grand chose. Par contre Maîtresse ne viendra plus, et ça ça fait mal... Triste soirée passée à annoncer à tous l'horrible nouvelle. Lou Salomé est couchée depuis longtemps, il fait très chaud, Papa téléphone dans le bureau, Maman dans le jardin, chacun sa petite liste. Laurent, l'autre frère de Maman, éclate en larmes. "Oh, on a beau s'y attendre, c'est dur". Il n'arrive plus à parler, raccroche, rappelle plus tard pour s'excuser. Il n'y a pas de quoi, ses larmes font du bien... Voilà, nous allons passer la première nuit auprès de notre fille en sachant que le compte à rebours a commencé... Nous n'avons plus à lutter contre la maladie, c'est fini, nous n'avons plus de question. Nous devons désormais l'accompagner de notre mieux, la baigner de tout notre amour, la nourrir de cet amour, pour arriver tout doucement au bout du chemin. Nous sommes anéantis, mais elle est là, près de nous, c'est la seule chose qui compte. Tant qu'elle est auprès de nous, nous pouvons tout supporter, absolument tout. Maman ne s'était pas trompée, c'était bien son corps qui hurlait, son corps qui a su avant tout le monde... D'ailleurs les crises de larmes matinales vont cesser. Peut-être parce que désormais nous, nous savons? Suite |
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