Lou Salomé, notre merveille....

6 septembre 1998 (suite)




















Retour dans la chambre. On est en train de débrancher Bébé Meki, sa chimio est finie, il rentre chez lui.Un espoir fou s'empare alors de nous: si Meki s'en va, Maman pourra à nouveau dormir là ce soir...
Jean-Ba a apporté une ratatouille-maison délicieuse, avec tomates entières et zestes de citron, nous nous régalons! C'est un autre point formidable à Curie: nous pouvons disposer de la cuisine, réchauffer notre rata au micro-ondes à n'importe quelle heure; nous disposons d'un frigo. Tout est fait pour que ce service soit un vrai lieu de vie. De même, sauf exceptions, les soins ont lieu en salle de soins et non dans la chambre, ainsi celle-ci demeure domaine privé; une "vraie" chambre, en somme. Les enfants mangent dans la salle à manger, comme à la maison, les horaires sont très souples (nous serons frappés par la disponibilité de tout le personnel) et on leur propose un grand choix de plats.
Pour la prise des médicaments, les infirmières cherchent l'enfant là où il se trouve: dans le couloir, la salle de jeux, la salle à manger, peu importe. C'est l'infirmière qui va à l'enfant, et non l'inverse. En fait, seuls les soins plus lourds ou nécessitant une asepsie rigoureuse se font en salle de soins.

Pour le moment, Lou Salomé n'est pas en mesure d'apprécier la qualité exceptionnelle de ce service, elle est encore trop prostrée, elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Comment, à trois ans, la vie peut-elle basculer ainsi? Elle découvrira les "plaisirs" de Curie plus tard (quand elle n'aura plus à y dormir), elle deviendra alors une afficionado de la salle de jeux, du baby-foot, du tobbogan... Il faudra presque se battre pour quitter les lieux! Mais nous n'en sommes pas encore là...

C'est l'heure du changement d'équipe, Meki est parti, Maman demande donc à l'infirmière si elle peut rester dormir. "A priori, ça ne pose pas de probléme; en tout cas, moi je ne vous dirai jamais non, mais il faut quand même que je demande". Attente angoissée sur la terrasse, l'infirmière revient: "Je suis désolée, l'interne refuse, elle dit que tout se passe bien, qu'il n'y a aucune raison que vous restiez"... Là, c'est l'effondrement...

Au nom de quoi cette interne, qui bien sûr n'a pas d'enfant (et n'est pas celle qui nous suit depuis le début) décrète-t-elle qu'un enfant n'a pas besoin de ses parents? Et quel est ce raccourci odieux et tellement facile, qui consiste à dire qu'un enfant qui ne pleure pas va bien?? On croit rêver...
Lou Salomé présente tous les signes de la dépression, mais ON nous dit que tout se passe bien, qu'il n'y a AUCUNE RAISON pour que nous restions!! Madame, nous vous en voudrons toute notre vie, et nous penserons très souvent à vous dans les mois qui suivront, lorsque Lou Salomé essaiera d'évacuer cette angoisse. Comment lui expliquer maintenant que, même si Meki est parti, elle doit dormir seule?

Isabelle s'en va tristement, elle doit reprendre le train pour Brest. Ce soir, Maman reste seule avec Lou Salomé; elle lui tient la main, le buste couché sur le lit, tête contre tête. Lorsqu'enfin Lou Salomé dort, Maman se redresse et tout doucement enlève sa main. Alors Lou Salomé ouvre les yeux, tend sa petite main, et avec le plus beau sourire du monde, un sourire qui s'imprime à tout jamais dans le coeur, elle dit doucement: "Viens"...

Ce n'est qu'à une heure du matin que Maman pourra partir, plus douloureuse que jamais, meurtrie au plus profond d'elle-même. Encore une nuit de chagrin dans cette chambre qui nous est étrangère, qui ne ressemble à rien sans notre petit Bichon. Trois cents mètres nous séparent d'elle, des mètres qui s'apparentent à des années-lumière...

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